Au pied de l’Alborz, Téhéran est à cheval sur la chaîne alpino-himalayenne qui s’étend de l’Europe occidentale à l’Asie du Sud-Est. La ville est coincée entre la plaque arabique et la plaque eurasiatique, prise en sandwich entre deux zones sismiques. Au-dessus d’elle, le volcan du Damavand culmine à 5600 mètres et provoque en permanence de petits séismes locaux. Si Téhéran n’a pas connu de catastrophe majeure depuis la destruction de la ville de Rey (à 10 kilomètres au sud de Téhéran) en 1177, d’autres séismes ont sévi dans le pays ces dernières années. En 1830, un tremblement de terre a fait des ravages à l’est de Téhéran et en 2004, un autre séisme d’une amplitude de 6,1 sur l’échelle de Richter a secoué la banlieue nord-ouest de la capitale. En 2003, le tremblement de terre de Bam, dans la région de Kerman, a causé plus de 30 000 morts. Le dernier séisme de taille remonte à 2013 dans la région voisine du Sistan-Balouchistan.

RISQUES MAJEURS

Bahram Akasheh, professeur de géophysique à l’Université de Téhéran, estimait en 2012 qu’en cas de séisme, « la destruction de Téhéran serait terrible. Environ 80 % des bâtiments seraient endommagés ou détruits. Téhéran n’est pas prête pour un séisme de grand ampleur ». Il ajoutait que « si une réplique du séisme de 1830 se produisait, elle causerait la perte de 6 % de la population téhéranaise ». Hamzeh Shakib, directeur de la commission du développement et des constructions du Conseil de Téhéran, déclarait en 2010 : « Le système de distribution de l’eau de Téhéran est vieux et n’a pas été construit selon les normes sismiques, le système d’égout (dans les rares quartiers où il a été construit) non plus ; les parties récemment construites du réseau d’électricité sont assez résistantes alors que les parties construites il y a plusieurs années ne le sont pas ; le réseau de distribution de gaz est par contre assez solide mais il y a des problèmes de gestion dans cette branche d’activité. En cas de tremblement de terre, les réseaux d’eau, d’égout, et à moindre degré de gaz, risquent donc de se fissurer ; les poteaux électriques risquent de tomber ». 
Récemment, la découverte de deux nouvelles failles sous la capitale a suscité l’inquiétude. Une partie de la population souhaite en savoir davantage sur ce sujet dont on ne parle pas beaucoup en Iran : où sont situées les failles principales sous la capitale ? Quels quartiers seraient les plus touchés en cas de séisme ? Les infrastructures et les bâtiments sont-ils tous aux normes ? En cas de crise, la municipalité est-elle en mesure de gérer la situation ?

PRISE DE CONSCIENCE

Face au risque croissant et à la pression des experts, les autorités ont pris les choses en main. Pendant longtemps, la capitale s’est étendue tous azimuts du nord au sud et d’est en ouest, faisant fi des risques et des normes antisismiques en vigueur. Pour tenter de prendre les devants, un groupe d’experts a réalisé la cartographie des failles et des zones sensibles à Téhéran. Elle a été présentée au département de l’aménagement du territoire de la municipalité et depuis, plusieurs comités d’étude sont chargés de préciser les informations géolocales liées aux mouvements sismiques. Selon Ahmad Sadeghi, directeur du centre de la prévention et de la gestion des crises de Téhéran, « après trois ans de travail, ce groupe a pu réaliser la première édition d’une carte sur les zones de faille de Téhéran. Cette carte est une réussite et devait être utilisée pour les plans urbains directeurs et détaillés. Toutefois, la multiplicité d’acteurs impliqués dans l’aménagement urbain tend à rallonger le processus ». En amont, l’exploration des failles est rendue d’autant plus compliquée qu’elles sont recouvertes par des immeubles résidentiels ou commerciaux. Comme en témoigne Ahmad Sadeghi, « la plupart des failles sous Téhéran sont recouvertes par des bâtiments, ce qui complique les forages et les investigations. Parmi toutes les méthodes d’identification des failles, la meilleure consiste donc à visiter les chantiers lors des travaux d’excavation. On gagne ainsi en temps et en coût ». Parallèlement aux travaux de recherche, des équipes municipales doivent régulièrement vérifier l’adéquation des nouvelles constructions aux normes antisismiques. Les contrôles concernent les techniques de construction, de la taille des tiges métalliques à la présence des coussins d’air en passant par la qualité du béton armé. Hadi, directeur d’une entreprise de construction de bâtiments, estime toutefois que les contrôles sont encore trop rares. « Lorsque l’on entreprend les travaux, des équipes viennent vérifier que la structure est aux normes de construction générales mais elles négligent trop souvent le respect des normes sismiques. En fait, le degré de résistance des bâtiments aux séismes dépend surtout du bon vouloir des constructeurs qui, heureusement, prennent de plus en plus conscience de la nécessité de respecter les normes ».

LE CŒUR HISTORIQUE EN DANGER

Sur les cartes effectuées par les différents chercheurs, la plupart des structures vulnérables se situent dans le cœur historique de Téhéran, où les bâtiments sont les plus anciens et les maisons parfois faites de briques et de terre cuite. Dans ces vieux quartiers aux ruelles étroites à forte densité, l’organisation des secours et l’envoi de gros engins en cas de nécessité représenteraient un véritable défi. Plus largement, l’aménagement de la ville et la circulation posent un sérieux problème pour la gestion de crise en cas de séisme. Le labyrinthe de routes et d’autoroutes qui sillonnent la ville est sans cesse congestionné par les déplacements de plus de quatre millions de voitures, ce qui rendrait difficile la mise en œuvre de tout plan d’évacuation.

GESTION DE CRISE

Pour prendre les devants, la municipalité est entrée en collaboration avec plus de 85 organismes pour coordonner la gestion de crise en cas de tremblement de terre. Désormais, les 22 arrondissements de Téhéran possèdent un centre de gestion de crise et des formations sont dispensées tous les ans au personnel. Parallèlement, le recensement détaillé des écoles et hôpitaux vulnérables est approfondi.
De plus en plus, la municipalité et les centres de recherche essaient de tirer les leçons des catastrophes qui surviennent dans les autres pays du monde. À la suite du séisme survenu au Japon en mars 2011, une équipe officielle s’est rendue sur place pour en apprendre davantage sur la gestion des crises et visiter les plus grands laboratoires de recherche japonais.
Toutes ces mesures ne font pas disparaître le danger que représenterait un séisme de grande amplitude à Téhéran. Selon les experts, un séisme majeur secoue la capitale tous les 150 ans environ et le dernier séisme important remonte à 1830. Le géologue iranien Mehdi Zare estime quant à lui que le prochain tremblement de terre à Téhéran pourrait atteindre une magnitude de sept sur l’échelle de Richter. Si la prise de conscience des autorités iraniennes est réelle et l’application des mesures pour éviter la catastrophe sur la bonne voie, le chemin à parcourir reste long. En attendant, les Téhéranais continuent leur train de vie quotidien car ils ont pour le moment d’autres préoccupations.

Par Rédaction ParisTeheran le 16 octobre 2017