ParisTéhéran – Vous êtes ambassadeur de France en Iran depuis moins d’un an. Quel regard portez-vous sur votre nouveau pays de résidence ?

S.E. François Sénémaud – J’ai en effet pris mes fonctions en avril 2016 et il s’agit de mon premier séjour dans ce pays. Je suis donc encore dans une phase d’apprentissage. Et il faut beaucoup apprendre, s’agissant de l’Iran, car ce pays est aussi grand et varié que son histoire est longue et complexe.

La géographie de l’Iran d’abord impressionne, avec sa diversité de climats et de peuplement. J’ai l’habitude de dire que ce pays est un continent et c’est vraiment ce qui m’a marqué à mon arrivée. L’Histoire de l’Iran est également passionnante, qui plus est lorsqu’on est historien de formation, comme je le suis. L’Histoire ancienne est bien sûr très riche mais j’ai aussi beaucoup d’intérêt pour son Histoire contemporaine, en particulier la période de la Révolution de 1979, si déterminante pour comprendre l’Iran que nous connaissons aujourd’hui.
C’est sur cette compréhension du pays que je souhaite fonder l’action de l’ambassade de France en Iran. Je suis persuadé que c’est en approfondissant la compréhension mutuelle et en favorisant l’échange sur tous les sujets, notamment ceux sur lesquels nous avons des divergences, que nos relations continueront de s’améliorer. Cela passe en premier lieu par les échanges humains – étudiants, professeurs, touristes, hommes d’a aires, etc. –, de l’Iran vers la France comme de la France vers l’Iran.

PT – Les relations entre la France et l’Iran s’améliorent. Cela signifie-t-il qu’elles n’ont pas toujours été bonnes ?

FS – La France et l’Iran ont quasiment toujours maintenu des relations diplomatiques. La relation n’avait toutefois pas pu se développer à la mesure de ce que nous espérions depuis 2003 du fait du contentieux nucléaire. La France a toujours été un pays de diplomatie. Elle s’est engagée résolument dans la négociation avec ses partenaires du groupe E3/UE+3 et l’Iran pour parvenir à une solution négociée sur ce sujet.
La conclusion de l’accord de Vienne le 14 juillet 2015 a constitué un grand succès diplomatique. La levée des sanctions économiques, le 16 janvier 2016, a été un autre pas déterminant. C’est sur le fondement d’une mise en œuvre réussie de l’accord de Vienne que la France est déterminée à construire une relation complète avec l’Iran, assise sur l’ensemble des composantes qui forment la diplomatie : politique, économique, culturelle, universitaire, humaine, etc. Nous sommes donc des partenaires très proactifs de l’Iran dans la période actuelle.

PT – On entend beaucoup parler du retour des entreprises françaises vers l’Iran. Les objectifs de la France dans sa relation avec l’Iran sont-ils essentiellement commerciaux ?

FS – L’accord de Vienne prévoit que l’Iran, en contrepartie des restrictions auxquelles il a consenti sur son programme nucléaire, bénéficie de la levée des sanctions économiques. Cela passe notamment par le retour des entreprises étrangères en Iran. La France a une politique volontariste qui sert les intérêts de l’accord de Vienne, de l’Iran de la France et naturellement des entreprises des deux pays.

Nos entreprises sont parmi les plus actives, avec le soutien quotidien de l’ambassade de France en Iran, et je m’en félicite. Peugeot et Citroën ont signé des contrats de coentreprises, avec des investissements de centaines de millions d’euros à la clé et de premiers véhicules sur les routes dès 2017. Renault, qui a maintenu des activités industrielles en Iran durant la période des sanctions, est en passe de faire de même. Total a signé début novembre un accord engageant avec la société nationale des hydrocarbures et des partenaires chinois et iranien pour le développement de la phase 11 du champ gazier géant de South Pars. Total a d’ailleurs repris dès mars 2016 des achats importants de pétrole iranien, ce qui entraîne une augmentation considérable des ventes iraniennes en France. Le Président Rohani lui-même, dans son discours dans la province de l’Alborz le 16 novembre, a listé ces succès avec notre pays. Il y a en outre de nombreuses entreprises françaises, petites et moyennes, qui nouent des partenariats avec l’Iran. L’ambassade est également à leur service, au travers de son service économique et de son service commercial Business France. J’insiste sur le fait que la relation économique qui se bâtit entre la France et l’Iran est une relation équilibrée, qui repose sur des engagements et des partenariats de long terme et qui est porteuse de croissance dans nos deux pays.

PT – Il y a de nombreuses crises dans la région. La France et l’Iran peuvent-ils travailler ensemble pour les résoudre ?

FS – Depuis l’adoption de l’accord de Vienne sur le nucléaire, l’Iran a retrouvé toute sa place dans le concert des nations et dans les discussions internationales sur les crises régionales. L’Iran participe désormais au processus dit de Vienne sur le conflit syrien. Plus récemment, il était représenté à la réunion ministérielle pour la stabilisation de Mossoul qui s’est tenue à Paris le 20 octobre dernier. L’Iran peut jouer un rôle dans la stabilisation de la région. Alors qu’il est partie prenante à plusieurs de ces crises, il est naturel que nous discutions avec lui pour identifier des solutions communes, qui sont plus que jamais impérieuses et urgentes. Nous avons bien entendu des divergences de vues sur la façon de mettre un terme à certains de ces conflits. Mais nous avons également des convergences d’intérêts, notamment une volonté commune d’anéantir la menace terroriste que représente l’organisation Daesh.

C’est pour confronter à la fois ces intérêts et ces divergences que nous avons établi un dialogue politique, dont la première session s’est tenue au mois de mai à Téhéran, et dont le deuxième volet s’est déroulé à Paris le 18 novembre dernier. Nous y abordons toutes les sujets, tous les enjeux, dont les crises au Moyen-Orient, les différents aspects de la relation bilatérale et les droits de l’homme. Un dialogue similaire s’est établi avec l’Union européenne, auquel nous contribuons également à titre d’État membre.

PT – Vous parliez des enjeux humains. Que comptez-vous faire pour favoriser les échanges culturels et universitaires ?

FS – Beaucoup est fait, notamment depuis la signature de l’accord de Vienne, pour redonner à la relation entre nos deux pays une densité à la mesure de son histoire et des enjeux. Dans le champ culturel, de nombreuses opérations sont en cours, comme, récemment, la participation française au festival Fajr dans ses volets théâtre (la pièce Mooonstres a rencontré un beau succès), cinéma ou musique (le concert d’Aldo Romano a été un moment marquant en 2016). Et cette coopération se poursuivra en 2017.

Je pense aussi aux relations très nourries avec les jeunes artistes iraniens et aux nombreuses manifestations qui seront organisées pour mettre à l’honneur la création française en Iran et iranienne en France. Ainsi, Téhéran accueillera début 2017 une exposition du talentueux artiste français Neil Beloufa, la première à se tenir dans la toute nouvelle galerie de la Fondation Pejman.

De nombreux échanges et des résidences sont organisés, avec le soutien, notamment, de la Cité internationale des Arts, dont la directrice générale était présente en Iran il y a quelques semaines, de l’Institut français et de multiples institutions culturelles de premier plan.

Sur le plan universitaire, nous soutenons le développement de nombreux échanges, que ce soit par la création de diplômes conjoints, de cotutelles de thèse ou encore de projets de recherche communs, notamment grâce au travail de l’Institut français de recherche sur l’Iran (IFRI). La venue en Iran du Secrétaire d’État à l’Enseignement supérieur et à la Recherche Thierry Mandon en décembre 2016 témoigne de tout l’intérêt que la France porte à densifier ses échanges avec l’Iran. Nous souhaitons aussi accueillir davantage d’étudiants iraniens en France (nous sommes seulement le neuvième pays de destination) et l’ambassade est mobilisée en ce sens par le biais de son espace Campus France Iran. Nous développons aussi l’enseignement du français en Iran grâce au travail du Centre de langue française qui dépend de l’ambassade, et soutenons la venue d’étudiants français dans le pays.

Par Rédaction ParisTeheran le 16 octobre 2017