ParisTéhéran – Sur quoi repose la perception que les Français ont de l’Iran aujourd’hui ?

S.E. Ali Ahani – Près de trois siècles se sont écoulés depuis le début des relations officielles entre l’Iran et la France, et la profondeur du regard empreint d’amitié et de respect mutuel des deux peuples iranien et français s’inspire de la civilisation et de la culture ancienne et riche des deux pays. Les coopérations scientifique, universitaire et culturelle de longue date entre les deux peuples ont renforcé cette impression positive. Selon Monsieur Fabius, ancien ministre français des A aires étrangères : « les Français sont depuis toujours attirés par l’Iran, et surtout par son patrimoine culturel, ainsi que par la place qu’occupe ce pays dans l’histoire des sciences et de la pensée. Les étudiants iraniens nous étonnent aussi. Ces étudiants représentent l’image de l’Iran dans les universités françaises et ils brillent de tous leurs éclats ». Aussi, il est primordial de profiter de ces éléments positifs pour renforcer la confiance et développer les relations bilatérales. La France n’a jamais eu d’attitude colonialiste par rapport à l’Iran. Le peuple iranien garde en mémoire l’accueil réservé par la France à l’Imam Khomeyni, Guide suprême de la Révolution islamique et fondateur de la République islamique d’Iran.
Malheureusement, la politisation des opinions publiques et le climat négatif créé à l’encontre de la République islamique d’Iran en Occident et en France, pour des motifs politiques et en raison du dossier nucléaire, ont provoqué un climat si lourd que même les intellectuels français n’osaient plus évoquer leurs opinions positives sur l’Iran. De plus, des lobbies sionistes et certains régimes arabes ont tenté de donner une image mensongère d’un Iran soi-disant hégémoniste et violent, provoquant une véritable iranophobie. Heureusement, l’accord nucléaire conclu le 14 juillet 2015 entre la République islamique d’Iran et les pays du groupe 5+1, a enfin permis à la vérité de se faire jour.

PT – Et cela a-t-il influencé la perception que les Iraniens ont de la France ?

AA – Nous sommes témoins de l’accueil de plus en plus favorable des milieux français et de leur souhait de renforcer les coopérations entre l’Iran et la France. Le peuple iranien accueille également favorablement le développement des coopérations avec la France.

Toutefois, l’opinion publique iranienne a beaucoup de mal à comprendre la liberté d’action laissée en France à un élément perturbateur des relations bilatérales franco-iraniennes : il s’agit de la présence dans l’Hexagone du groupuscule terroriste et sectaire des Moudjahidines du Peuple (OMPI ou CNRI). Cette secte au passé terroriste et violent porte la lourde responsabilité de l’assassinat de plus de 12 000 citoyens iraniens innocents. De plus, sa collaboration avec le régime de Saddam Hussein dans le massacre des Iraniens lors de la guerre Iran-Irak amène l’opinion publique iranienne à le considérer comme les « collabos » durant l’occupation de la France par l’Allemagne nazie. Cette secte terroriste, qui ne bénéficie d’aucun soutien ou base populaire en Iran, et qui est dénoncée par les autorités françaises pour « son inspiration violente et non démocratique et ses pratiques à caractère sectaire, son refus de renoncer à la violence et ses intenses campagnes de désinformation », profite néanmoins des facilités et des moyens français, et dépense, sans le moindre contrôle de l’administration fiscale, des sommes importantes, et agit contre les relations franco-iraniennes.

PT – Quelle est la place de la communauté française en Iran ?

AA – Les Français expatriés en Iran représentent près d’un millier de personnes. Ils sont très satisfaits de leurs conditions de vie et soulignent le sens de l’hospitalité du peuple iranien. Avec la croissance des coopérations bilatérales, leur nombre devrait augmenter fortement.

PT – Et qu’en est-il selon vous des Iraniens vivant en France ?

AA – Les Iraniens en France, près de 70 000 personnes, sont actifs et jouent un rôle important dans différents domaines économiques, sociaux et scientifiques et ont toujours été respectueux de la France, de sa culture et de ses lois. Le nombre d’étudiants iraniens en France, qui a atteint au cours des dernières années son niveau le plus bas, devrait également connaitre une forte augmentation.

PT – Comment qualifieriez-vous la relation entre l’Iran et la France, notamment depuis la levée des sanctions de l’Union ?

AA – Malheureusement, le climat médiatique concernant le programme nucléaire iranien a exercé une influence négative sur ces relations. Au cours des deux dernières années, grâce à la volonté des deux parties, les échanges de délégations ont été relancés, et après les rencontres entre les deux présidents de la République à New York en 2014 et 2015, et suite à l’accord nucléaire, les relations bilatérales sont entrées dans un nouveau chapitre, avec des évolutions remarquables. La visite officielle en Iran de Monsieur Fabius, ministre des Affaires étrangères de l’époque, et d’une délégation du MEDEF international composée de 150 entrepreneurs français sous la présidence de Monsieur le Ministre Le Foll, accompagné par Monsieur le Secrétaire d’État Fekl ; ainsi que la visite de Monsieur Larcher, Président du Sénat, ont représenté des évolutions majeures, dont le point d’orgue fut la visite officielle en France du Président Rohani, les 27 et 28 janvier 2016, et la signature de 35 protocoles d’accords et de contrats.

PT – Autour de quels piliers se construit cette relation ?

AA – Dans le domaine politique, il existe un fort potentiel pour des consultations et des coopérations, aussi bien dans le cadre bilatéral que multilatéral, en vue d’aider à la résolution des crises régionales et trouver des solutions aux principales questions mondiales. Avec la signature du protocole d’accord pour le dialogue politique, un nouveau chemin et une perspective positive se dessinent.

Pour une relation économique solide, il faut qu’ils soient fondés sur les principes de partenariat et de coopération. Nous sommes donc décidés à encourager les entreprises des deux pays à se lancer dans des coopérations de long terme, surtout des joint-ventures et des transferts technologiques. Dans les dimensions scientifiques et culturelles, le renforcement des coopérations qui existaient dans le passé est à l’ordre du jour des relations et bénéficie du regard positif des deux parties.

PT – Quels sont les défis à relever dans cette relation et ses facteurs-clefs de succès ?

AA – Le défi majeur qui a influencé les relations bilatérales a été l’absence de confiance entre les deux parties. L’accroissement des échanges et l’approfondissement des consultations à différents niveaux et domaines sont indispensables pour lever cet obstacle, renforcer la confiance mutuelle et corriger les visions irréalistes et non constructives héritées du passé. L’existence d’éléments perturbateurs, de lobbies et groupes de pression opposés à l’amélioration des relations franco-iraniennes représente l’autre défi majeur.

PT – Quels sont les éléments les plus importants dans la réussite des relations ?

AA – Tout d’abord, il faut renforcer la confiance réciproque par le biais de la poursuite et de l’approfondissement des consultations communes. Ensuite, nous devons avoir un regard et une approche plus réaliste et constructive par rapport aux relations bilatérales, et éviter des éléments perturbateurs et les lobbies qui tentent d’intoxiquer le climat et les opinions publiques. Les visites réciproques de journalistes doivent être facilitées afin de montrer les réalités du terrain aux opinions publiques. D’autre part, il est nécessaire d’œuvrer pour faire connaitre la culture et la civilisation de chaque pays par le biais de l’organisation d’expositions et d’initiatives culturelles. Enfin, nous devrons renforcer les échanges scientifiques et faciliter les échanges touristiques entre les deux pays.

PT – Quels sont les défis dans le domaine économique ?

AA – Les lois et décisions extraterritoriales américaines imposées aux banques et entreprises françaises les empêchent de s’activer en Iran. Une action concertée de la France et des autres pays européens est donc nécessaire en vue de rassurer les entreprises et banques françaises et lever leurs inquiétudes face à l’éventualité de sanctions américaines. D’autre part, on observe une prudence exagérée des banques et des entreprises françaises dans leur coopération avec l’Iran.

PT – Comment réussir alors dans ce domaine ?

AA – Commençons par œuvrer pour faire connaitre les produits et les capacités exportatrices et les potentiels de coopérations industrielles des deux pays, puis encourageons les entreprises des deux pays à coopérer dans le cadre de joint-ventures et de partenariats, à procéder à des investissements communs. Des lignes de crédit devront aussi être accordées pour assurer le financement de différents projets en Iran par les entreprises françaises.

PT – Quelles sont les coopérations privilégiées dans les domaines économique, culturel, universitaire, et comment ont-elles évolué ces dix dernières années ? À quels projets l’ambassade sera-t-elle liée en 2016 et en 2017 ?

AA – Lors de la visite officielle en France du président Rohani, près de 35 documents de coopération ont été signés, dont certains représentent des documents de base et de référence pour des coopérations de long terme entre les deux pays : la feuille de route des coopérations bilatérales, la constitution de la commission économique mixte, mais aussi des mémorandums de coopération dans les domaines médical, scientifique, universitaire, touristique, et de l’héritage culturel. Il est ainsi nécessaire de procéder à un suivi sérieux des deux parties et une lourde responsabilité pèse sur les ambassades iranienne et française pour coopérer avec les instances de l’autre pays et planifier ces concrétisations avec leur capitale respective.

Dans le domaine culturel, l’élaboration et l’organisation d’une saison culturelle dans les deux pays ainsi que l’organisation d’expositions historiques ou liées à l’héritage culturel pourraient être prévues et mise en place en 2017.

Dans le domaine économique, les échanges commerciaux ont baissé de cinq milliards d’euros à moins de 500 millions d’euros. Toutefois, grâce à la diversification de l’économie et de l’industrie de l’Iran, à ses ressources énergétiques et minières et ses réserves importantes de matières premières, ainsi qu’à la puissance industrielle de la France, de vastes opportunités de coopération et de partenariat existent entre les deux pays et dans des pays tiers. Les secteurs prioritaires sont l’industrie (spécifiquement automobile) ; le gaz, le pétrole et la pétrochimie ; les énergies propres (dont le nucléaire, le solaire, l’éolien) ; l’agriculture, l’élevage et la pêche ; le transport ; l’industrie pharmaceutique et le matériel médical ; l’hôtellerie ; le tourisme ; le logement, l’urbanisme et l’environnement. Après l’accord nucléaire, grâce à sa nouvelle approche, la France a réussi à signer des contrats importants avec des entreprises iraniennes, en particulier dans les secteurs de la construction automobile et aéronautique, de l’énergie, de l’agriculture, de la pêche, ou encore de l’hôtellerie. Il faut souligner que la richesse et l’ancienneté des relations culturelles et scientifiques entre les deux peuples est aujourd’hui un autre atout pour renforcer l’amitié et améliorer le climat des relations. Les échanges d’étudiants, de chercheurs et de professeurs d’universités ayant pratiquement atteint le niveau zéro, et le nombre d’étudiants iraniens en France ayant atteint son niveau le plus bas, notre priorité est donc de renouveler les échanges scientifiques et universitaires, et de renforcer les échanges d’étudiants et de professeurs.

Par Rédaction ParisTeheran le 16 octobre 2017