Abbas Kiarostami était parmi les rares personnes à ne pas regarder, mais à voir. Kiarostami, photographe et cinéaste, avait l’œil intact d’un enfant qui s’émerveille du monde, celui d’un voyageur découvrant pour la première fois une ville. Il s’emparait d’éléments qu’il découvrait chez chaque individu et les lui rendait comme pour lui apprendre à mieux se connaitre. Il disait souvent : « La réalité est irréelle. Il faut la retoucher pour la rendre compréhensible. »
 Travailleur acharné, il se rendait dans la nature avant la levée du jour et se postait sur les montagnes d’Alborz : « Je montais sur les hauteurs et j’attendais, caméra à la main la naissance du jour. Avec le premier rayon du soleil, je pressais le bouton en l’honneur de la lumière ». La nature avait une grande place dans son œuvre. Souvent un arbre isolé, celui même qui prit place sur sa tombe. Son parcours était naturel. N’ayant pas le matériel nécessaire pour tourner un film après la Révolution, il faisait de la menuiserie, réalisait des coffres, des plateaux. Plus tard, il commença à photographier, puis il le fit de plus en plus sérieusement. Ses premières photographies n’étaient pas retouchées.

 

Mais avec l’arrivée du numérique, une révolution eut lieu en lui, aussi bien dans sa photographie que dans son cinéma : « Je ne suis plus photographe, je suis un créateur d’images. Je vais désormais me servir de multiples couches d’images créées par moi-même, ou non, et j’inventerai la mienne. » Avec le matériel numérique il pouvait enfin créer son image idéale, celle qu’il avait imaginée. Récemment, il a travaillé sur des séries utilisant plusieurs couches d’images superposées pour aboutir à une seule image simple. À l’instar de son cinéma, qui commençait à évoluer à l’intérieur de chaque spectateur lorsqu’il finissait à l’écran, la photographie de Kiarostami respectait l’être humain avec sa simplicité et ne le prenait pas en otage.

Par Rédaction ParisTeheran le 13 octobre 2017