Au-delà de la célébration du nouvel an, Nowrouz représente une fête majestueuse héritée de l’ancienne Perse, et profondément ancrée dans la culture plusieurs fois millénaire de l’Iran éternel. Aujourd’hui, cette tradition est intimement liée à l’identité et à la pensée du peuple iranien.

Il existe différentes versions des origines mythiques de cette fête. D’après les récits du Shâh Nâmeh (Livre des rois), chef d’œuvre de Ferdowsi, illustre poète persan du 10ème siècle surnommé « promoteur de la langue et de la culture persane », Nowrouz correspond au jour du couronnement du mythique roi perse Jamshid. Au-delà des aspects mythologiques, les historiens considèrent que la fête de « Nowrouz » est célébrée depuis la dynastie des achéménides (vers 550 – 330 avant Jésus Christ).

La fête de Nowrouz représente l’héritage plusieurs fois millénaire de la civilisation et de la culture persane et est célébrée par une multitude de pays ayant été influencés par la culture perse, dont l’Afghanistan, le Tadjikistan, le Turkménistan, la Turquie, l’Azerbaïdjan, l’Ouzbékistan, le Kazakhstan… Les zoroastriens indiens célèbrent également cette fête et chaque année ; ce sont plus de 300 millions de personnes à travers le monde qui se retrouvent en famille pour Nowrouz. Néanmoins, il n’y a qu’en Iran et en Afghanistan que cette fête marque également le début de l’année.

Ainsi, le 23 février 2009, le caractère international de la fête de Nowrouz a amené l’UNESCO à la déclarer « journée internationale » figurant désormais sur la liste de l’héritage culturel du patrimoine mondial. De même, l’Organisation des Nations Unies a déclaré le 23 février 2010 que la date du 21 mars sera désormais reconnue comme « journée mondiale de Nowrouz ». D’ailleurs, le 27 mars 2010, le premier festival international de Nowrouz s’est tenu à Téhéran et la capitale iranienne a été reconnue comme le siège du « Secrétariat de Nowrouz ».

Comment accueillir Nowrouz chez soi
Bien évidemment, chaque pays a ses propres coutumes et célèbre Nowrouz conformément à ses propres traditions ancestrales. Toutefois, dans la tradition iranienne, les préparatifs de la célébration se déroulent de la manière suivante.

Khané Takani
Bien plus qu’une célébration, pour les familles iraniennes, Nowrouz représente un « invité » prestigieux qui frappera à la porte de chaque famille à l’instant précis de l’équinoxe du printemps. Celui-ci mérite d’être accueilli avec tous les honneurs et par conséquent, il est indispensable que le logement soit parfaitement propre et très bien rangé. Dès lors, la tradition exige qu’un mois avant Nowrouz, toutes les affaires soient triées et déplacées, que toutes les choses inutiles soient jetées, et que toute la maison soit nettoyée de fond en comble. Voilà ce que signifie le Khané Takani, littéralement « secouer la maison ».

Chaharshanbé Souri
Après avoir « secoué » la maison, la véritable fête, appelée Chaharchanbé Souri, débute dès la veille du dernier mercredi du dernier mois du calendrier iranien. À la maison, les familles préparent des fruits frais, des fruits secs, des friandises et des plats spéciaux pour célébrer dignement cette soirée. Dans les rues et les espaces publics, les familles et les amis ainsi que tous les voisins se réunissent et allument des feux de joie et chacun saute par-dessus les flammes, en chantant « reprend ma couleur jaune et donne-moi ta couleur rouge » (zardi-ye man az to, sorkhi-ye to az man). En effet, dans la tradition perse, la couleur rouge des flammes symbolise la force et la santé alors que la couleur jaune du visage symbolise la maladie et la faiblesse.

Il est intéressant de constater que les historiens ne partagent pas la même opinion sur l’appartenance de cette fête de feu à la célébration de Nowrouz. Les historiens estiment toutefois que cette fête du feu remonte à plus de 1 700 ans avant Jésus-Christ, à la période où selon la croyance des zoroastriens, les vivants étaient visités par leurs ancêtres à la fin de l’année et pour les accueillir, des feux de joie étaient allumés sur les toits des habitations.

Ghashogh Zani
Quand les feux sont éteints, les jeunes frappent sur des casseroles avec des cuillères à soupe, en couvrant leur visage, parcourant les rues de leur quartier et frappant à la porte des habitants en réclamant des friandises. Les habitants rem- plissent alors les casseroles avec des friandises, des fruits secs, etc. D’après le dictionnaire de langue persane d’Ali Akbar Dehkhoda, cette tradition trouve ses sources dans les pratiques d’autrefois, quand dans les familles déshéritées et pauvres, les femmes pour nourrir leur famille frappaient aux portes de leurs voisins pour leur demander de la nourriture, tout en se déguisant afin de ne pas être reconnues et préserver ainsi leur fierté.

Fal Goush
Le soir même, les jeunes filles sortent de chez elles et se cachent dans les coins de la rue pour formuler un vœu. Puis, elles écoutent discrètement les paroles des passants et interprètent les phrases entendues par rapport à leur vœu. Si ces phrases peuvent être interprétées de manière positive, alors elles considèrent que leur vœu sera exaucé, mais si leur interprétation est plus ambiguë, alors c’est le signe qu’il faudra réfléchir à deux fois avant de prendre la moindre décision par rapport à ce vœu.

Le dernier jeudi
Le dernier jeudi de l’année iranienne, les familles commémorent les défunts et les proches disparus, en se rendant dans les cimetières avec des plateaux de fruits, des pâtisseries et des fleurs. Les familles y récitent le Saint Coran, demandent la clémence divine pour leurs défunts et offrent de la nourriture aux passants et aux visiteurs, en leur demandant de prier pour le repos des âmes des disparus.

Sofreh Hafte Sin
Le jour-J, on prépare la nappe du nouvel an, en y mettant sept éléments dont les noms en persan commencent par la lettre « S » (la lettre « س » dans l’alphabet iranien) :
• Le Saint Coran, car il convient de toujours débuter toute action en prononçant le nom du Tout-Puissant ;
• Senjed : l’olivier de bohême, symbole de sagesse ;
• Sib : la pomme, symbole de santé ;
• Sabzeh : la verdure, symbole de joie de vivre ;
• Samano : un pudding à la sève de blé, symbole de force et de puissance ;
• Sir : l’ail, qui éloigne les impuretés ;
• Serkeh : le vinaigre, qui permet de faire face à l’adversité ;
• Somagh : le sumac, symbole de patience et de tolérance.

Au fil du temps d’autres éléments ont été ajoutés à la nappe traditionnelle du Nouvel An :
• Sekeh : une pièce de monnaie, symbole de richesse et de fortune ;
• Ayeneh : un miroir, symbole d’honnêteté et de sincérité ;
• Sha’m : une bougie, symbole de la lumière ;
• Ab : de l’eau, symbole de transparence ;
• Mahi : un poisson, qui représente le signe du zodiaque ;
• Tokhmémorgh : des œufs, symboles de fertilité et de naissance.

À l’approche de l’heure du changement d’année, toute la famille se réunit autour de la nappe traditionnelle des sept « S ». La personne la plus sage de la famille (généralement la plus âgée) récite le Saint Coran et les autres membres l’écoutent avec attention et formulent des vœux. Une fois le moment précis de l’équinoxe de printemps passé, tout le monde s’embrasse autour de la nappe traditionnelle et se félicite du « renouveau de la nature » et du passage à la nouvelle année.

Sabzi Polo Mâhi
Le plat traditionnel du nouvel an iranien est le sabzi polo mâhi. Il s’agit d’un plat composé de riz avec des fines herbes, toujours servi avec du poisson et accompagné de koukou sabzi (une sorte d’omelette aux fines herbes, décorée avec des noix).

La Visite et le Sizdehbedar
La tradition exige que pendant les douze premiers jours suivant le nouvel an, les proches se rendent visite mutuellement et se réunissent en tirant un trait sur les malentendus et les mécontentements survenus au cours de l’année passée. Bien évidemment, la première visite doit être réservée aux personnes les plus âgées de la famille, qui dans la tradition iranienne font l’objet d’une attention et d’un respect toute particulier. Lors de ces visites, les ainés offrent des cadeaux à leurs cadets.
Le treizième jour, qui annonce la fin de festivités du nouvel an, s’appelle Sizdehbedar ou « jour de la nature ». Littéralement, Sizdehbedar signifie « treizième dehors ». En effet, ce jour-là, les familles se préparent à sortir de chez elles et à passer toute la journée en pleine nature, pour pique-niquer et célébrer ainsi la fin des festivités et le retour à la vie quotidienne. De même, la coutume veut que les jeunes filles célibataires fassent un nœud dans le gazon des parcs avant de partir afin d’exprimer leur souhait de se marier avant le Sizdehbedar de l’année suivante.

Voilà, rapidement évoquée, la tradition ancestrale de Nowrouz. Cependant, j’aimerais vous parler très brièvement de trois personnages mythiques liés à cette fête et qui font rêver les petits et les grands : Nané Sarma, Baba Nowrouz (ou Amo Nowrouz) et enfin Haji Firouz.

Nané Sarma (littéralement « la Dame du froid ») est un personnage mythique représenté par une vieille dame aux cheveux blancs comme la neige. À l’approche des beaux jours, elle nettoie sa maison, met une jolie robe et se prépare pour accueillir Baba Nowrouz (littéralement « Père Nowrouz »), qu’elle aime d’un amour passionné et sincère. Mais hélas, chaque année, fatiguée d’avoir fait tant d’efforts pour se préparer, elle s’endort avant son arrivée et cela dure depuis l’éternité. Baba Nowrouz, quant à lui, descend des montagnes vers la vallée et trouve sa bienaimée profondément endormie. Il n’ose pas la réveiller, elle qui est si fatiguée et qui dort d’un si joli sommeil. Après avoir déposé un baiser sur ses joues et placé une fleur dans ses cheveux, Baba Nowrouz continue son chemin et avec lui le printemps arrive et se répand partout où il va.

Haji Firouz est un personnage célèbre, qui apporte la gaité, la joie et la festivité. Ses habits rouges et son visage noir racontent qu’il vient du royaume des morts, où il est allé chercher son épouse pour la ramener à la surface. Sa venue symbolise ainsi le retour à la vie et c’est pour cela qu’Haji Firouz chante et danse.

Comme vous pouvez le constater, les racines de la célébration de Nowrouz sont profondément ancrées dans la culture et la civilisation plusieurs fois millénaires de l’Iran éternel. Pour autant, cette fête demeure un moment hautement symbolique pour l’Iran moderne. Elle symbolise ainsi parfaitement la vision philosophique des Iraniens, qui demeurent fortement attachés et fidèles aux valeurs traditionnelles, tout en regardant vers l’avenir et la modernité.

Par Rédaction ParisTeheran le 16 octobre 2017